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Tolérer le risque

Une qualité importante d’un conseiller chez VotreConseiller.net est de bien savoir mesurer la tolérance au risque d’un client. Il faut ajuster le portefeuille en fonction de la capacité du client à digérer les mauvais coups. Les risques que l’on prend sont calculés, et ce en toute connaissance de cause. Afin d’obtenir le meilleur rendement possible, il faut laisser aller le portefeuille, mettre des actions. Et quand ça va mal, ça va mal. On regardera chaque jour notre portefeuille se diriger vers les abysses sans bouger, car il faut rester investi. C’est comme ça que ça marche en finances. Si vous savez que vous ne pouvez pas tolérer des pertes, il y aura toujours des produits garantis, à plus petits rendements. C’est le compromis à faire.

Mais qu’en est-il de la tolérance au risque de la société québécoise? Après tout, on est bien dans une province qui a reporté l’Halloween pour cause de pluie, n’est-ce pas?

LE COÛT D’UNE VIE HUMAINE

L’économie est la science des choix. La première chose que vous comprenez en lisant sur cette science est que l’on passe notre temps à faire des compromis entre plusieurs aspects de notre vie complexe. Dans la crise de la Covid-19, c’est évident que des choix économiques ont été faits dans l’espoir de sauver certaines vies. Certains vous diront qu’il faut tout faire pour sauver tout le monde. Un mort, c’est un mort de trop. Ce sont de belles paroles, mais la vie n’est pas ainsi faite.

Serait-ce possible que le chômage et les faillites à venir entraînent eux aussi des morts? Alors, pour sauver une vie d’un côté épidémiologique, se peut-il qu’on en sacrifie d’autres, discrètement, à l’abris des caméras de TVA? Est-ce que sauver la vie d’une personne de 70 ans équivaut au sacrifice de la vie d’une personne de 35 ans? Combien vaut une vie humaine au juste? Vaut-elle le même prix à 20 ans qu’à 60 ans ou 80 ans?

Je vous suggère ce texte en complément.

Évidemment, je ne suis pas intéressé à répondre à ces questions directement, ce n’est pas le but de l’article. Le but est de vous montrer que l’on fait des choix qui ont des conséquences. Chacun de ces choix a un ou des coûts et également un ou des bénéfices. C’est pour ça que les analyses coûts-bénéfices sont si courantes en économie.

Si après avoir lu ces quelques lignes vous criez déjà au scandale, ne perdez pas votre temps à lire le reste, vous n’avez pas la capacité d’analyse pour continuer. Maintenant, faisons des analyses coûts-bénéfices selon les différents acteurs.

HORACIO LE NONCHALANT

Tout d’abord, on se met dans la peau du spécialiste des tartelettes portugaises. Horacio est jugé d’abord et avant tout sur ses actions et les décès. Il le sait, on le sait.

Quand le virus était encore en Chine et nous semblait anodin, il pouvait se permettre une certaine désinvolture. Il ne semblait pas risqué d’agir ainsi et il ne gagnait rien à être alarmiste.

Quand le virus est arrivé et que tout semblait sous contrôle, il fallait jouer le jeu des relations publiques. Ici, il pouvait gagner en notoriété, établir son autorité morale sur la population. La population gagnait à l’écouter et exécuter les mesures de distanciation simples. On aplatissait la courbe. Le risque était bien faible et aucun enjeu économique n’était encore dans le portrait.

HORACIO L’HYPERACTIF

Ensuite, ça commencé à déraper dans plusieurs pays. C’est là qu’on mesuré l’ampleur du risque. On a commencé à jouer à la surenchère des mesures de prévention. C’est à ce moment que tout a changé et que la grande intolérance au risque des québécois est venue nous jouer des tours.

Rapidement, le gouvernement a senti le besoin d’être dans les plus proactifs, donc de fermer plus drastiquement et plus rapidement son économie que les autres pays. Pourquoi? Car le risque était énorme pour notre système de santé défaillant. Le gouvernement savait que si ça dérapait et qu’il agissait tardivement, le système craquerait et il serait lapidé pour son inaction. Le risque était incommensurable du point de vue des relations publiques. Il l’était aussi pour la vie de plusieurs personnes âgées. Les risques du côté de l’économie étaient plus indirects, plus loin dans le temps et surtout, ils allaient être moins médiatisés. Il aurait été impensable au Québec voir les politiciens prendre l’avenue de la Suède par exemple.

Il est maintenant clair pour tous que les pays ont sauvé des vies avec les mesures de distanciation sociales. On sait aussi que plusieurs pays ont eu beaucoup plus de facilité à s’approvisionner en équipements médicaux que d’autres et ça aura été un élément majeur pour freiner la propagation dans les zones rouges. On sait qu’on a été mauvais sur cet enjeu très précis. Toutefois, c’est beaucoup moins clair du côté de l’efficacité pour les confinements majeurs. Malheureusement, peu de gens le comprennent.

HORACIO SUR LE BRAKE

Au final, on sait aujourd’hui que notre système de santé s’est fait défoncer quand même, que des vies humaines ont été perdues malgré nos sacrifices économiques dans une proportion plus grande que plusieurs pays développés. Par contre, personne n’accuse la santé publique d’avoir été inactive dans cette crise, ils sont donc épargnés la plupart du temps par les critiques. Horacio aura, au final, gagné son pari.

Maintenant que les courbes sont sur la pente descendante en Europe et bientôt au Québec, quel est le risque pour Horacio de bouger et redémarrer l’économie? Il est énorme. Chaque mort anecdotique lui sera remise sur le nez, si un élève décède après s’être infecté dans une classe, on est sûr que la santé publique va être pointée du doigt. Horacio n’est pas dans un mode de réflexion pour faire des compromis entre l’économie et la santé. Ça, ce n’est pas son travail. C’est le travail du premier ministre. Horacio a donc présentement les deux pieds sur le brake et ça s’explique.

LE PREMIER MINISTRE

De son côté, François Legault sera jugé sur plusieurs aspects, entre autres, ses communications, le nombre de décès au final, la profondeur de la crise économique qui va suivre, la durée de cette crise et la vigueur de la reprise. Évidemment, c’est lui qui doit avoir une vision globale dans toute cette histoire. Les compromis, c’est lui qui les vois et c’est lui qui tranche. Qui veut sa job au juste?

De plus, on sait également qu’il n’a pas seulement un problème avec l’économie. Clairement, il en a un au niveau des finances publiques. La TVQ ne rentre plus et on va avoir besoin de payer nos services publics bientôt. Malheureusement pour lui, il n’a pas la Banque du Canada pour lui imprimer des billets tous frais à l’instar de Justin Trudeau.

Des propos extraits du point de presse du PM François Legault et du docteur Horacio Arruda, qui laissent croire que la "…

Posted by Radio Pirate on Tuesday, 28 April 2020

C’est évident que c’est lui qui doit mettre de la pression sur la santé publique pour ouvrir les valves de l’économie. Il aura beau nous faire croire que c’est Horacio qui mène, c’est impossible. Si c’était le cas, on serait confiné jusqu’en décembre 2020.

Oui, mais Horacio dit qu’ils prennent en compte la santé mentale des gens dans leurs évaluations. C’est faux. Si c’était le cas, les sports de plein air comme le baseball ou le golf auraient été approuvés déjà. Ce qui a fait bouger Legault, ce sont les dollars manquants dans le gouffre financier du budget du Québec.

MONTRÉAL VS QUÉBEC

Plusieurs gens de Montréal seront scandalisés de lire ce texte. C’est normal. Ils ont été frappés très durement pas la crise. La peur est plus présente. Les catastrophes sanitaires sont à deux pâtés de maisons de chez eux. C’est pratiquement impossible pour eux de comprendre comment un gars de Bellechasse comme moi peut demander le déconfinement depuis plusieurs semaines. C’est simplement difficile pour eux de concevoir que dans ma MRC sept fois grande que Laval, il n’y a seulement que 18 cas depuis le début de la crise.

Je suis plutôt intransigeant avec mes enfants depuis le début sur les règlements. Ça devient juste lourd de leur imposer ça quand tu connais les chiffres. Je le sais que la région n’a presque pas d’infections, que tous les infectés sont en quarantaine et que ma probabilité d’en rencontrer est presque nulle. C’est ça la réalité de gens qui vivent en banlieue de la banlieue de Québec. Le mur à mur nous tue. Il tue l’économie. Il tue aussi notre jugement. On commence à peine à voir des mesures de prévention à géographie variable. Ça aurait dû être le cas dès le départ.

On nous parle de docilité discipline depuis le début. C’est simplement plus difficile quand le mode de vie problématique pour la transmission n’est pas le tien. Car oui, les grands problèmes d’une telle pandémie sont centralisés dans les centres urbains. La distanciation sociale chez nous, c’est un mode de vie depuis longtemps! On l’a juste amplifié un peu. Bon, pas mal. Mais on n’était pas obligé de tout fermer.

Comme vous voyez l’appréciation du risque peut être très différente entre région, de même que sa tolérance.

LE RISQUE ET LES MÉDIAS

Maintenant, si on fait de l’analyse du côté des médias, c’est là que c’est le plus désolant. Ces derniers ne risquent absolument rien dans cette crise. Leurs cotes d’écoute ont augmenté avec le confinement. Certes les revenus publicitaires ont pratiquement disparu, mais les journalistes sont incapables de faire ces liens. Seules les cotes d’écoute comptent dans leur tête, même si personne ne peut acheter de publicités!

Ils ont tout à gagner à alimenter la peur, rien à perdre. Plus les gens ont peur, plus on les écoute. Ils n’ont rien à gagner à informer correctement. Ils ont tout à gagner à faire dans l’anecdote plutôt que la statistique. Même si on demande à la population de rationaliser et mettre en perspective le risque de décès face au coronavirus par rapport à un saut en parachute par exemple pour une jeune de 20 ans, ils vont préférer traiter de l’anecdote pour faire peur. Tant que les gens ne fermeront pas leur télé, rien ne va changer de leur côté. Heureusement, l’été arrive.

APPRENDRE À MIEUX TOLÉRER LE RISQUE

Au final, je voulais vous démontrer que peu importe comment vous voulez analyser la situation, vous devez vous rendre compte que tous les acteurs ont des incitatifs différents et également des risques différents suite aux décisions qu’ils prennent.

Au final, vous aussi, comme citoyen-spectateur, vous devez composer avec le risque et vivre avec. Présentement, vous risquez de virer fou (lâchez TVA!), de perdre votre job, de manquer d’argent, d’être infecté, de souffrir, de mourir, de perdre un proche, de déprimer, de vous sentir seul, de tomber dans l’alcool, de prendre du poids, de divorcer, de mourir d’une crise cardiaque sans aller à l’urgence à cause de la peur.

Vous devez composer avec tous ces risques. Et vous n’avez pas gagné grand-chose depuis le début. Lâchez-moi que votre air est plus pur ou que vous vous êtes recentrés sur les valeurs importantes de la vie svp.

Mais honnêtement, ce n’est pas si difficile comme tâche. Premièrement, une dose minimum d’informations est nécessaire. Ensuite, il faut faire un effort pour comprendre ce qu’il se passe. Il faut comprendre les incitatifs des acteurs qui vous informent ou dirigent. Finalement, il faut réaliser que peu importe ce qu’on fait, on prend toujours des risques. La journée que vous décidez de vivre, vous risquez votre vie, d’une façon ou une autre. Même lorsque vous décidez d’arrêter de vivre et devenir la patate de divan suprême, vous prenez des risques pour votre santé! C’est la vie. Faut avancer. Le risque est partout. Faut le voir, le comprendre, le mesurer et surtout, le tolérer.

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